Comme détachée du monde…
comme affranchie du temps et du réel…
ta silhouette éthérée …
un peu floue qui s’approche au ralenti….
l’espace ….
en brume parfumée
qui s’effiloche à chacun de tes pas
que mon cœur marque en sourdine….
……………………
Tu es là…
contre moi…
nos corps en osmose
qui se reconnaissent..
s’apprivoisent…..
s’accordent et se fondent.....
le nous qui devient je en une même entité…
mes mains en parenthèses sur l’ovale parfait de ton visage….
mon regard embruiné qui se perd dans l’eau sombre de tes iris…
abîme de tendresse dans la pulsation de l’instant suspendu….
étreinte qui te moule à mon corps enfiévré..
...............
Mes lèvres qui t’effleurent…
goût de sel et d’un reste de soleil….
tes lèvres qui s’entrouvrent à la sève de mon souffle qui se marie au tien …
tiède intimité du secret de nos bouches..
nos langues qui se découvrent…
se frôlent…se goûtent..
en langoureux ballet dans la promesse des plaisirs….
tes bras sur ma nuque pour mieux ancrer la magie de l’instant…
pour le graver dans l’intemporel…..
une minute d’éternité…..
comme si c'était la dernière…..
L’ombre d’une angoisse….
je te serre encore plus fort et t’enracine tout contre moi…
paupières closes…
je me noie dans ta saveur unique.....
tendu à imprimer chaque fibre de mon être
de la marque indélébile de ce miracle sans cesse réinventé ….
Rédigé à 10:11 dans Secret Garden... | Lien permanent | Commentaires (0)
Monsieur Ferrieux
passe la porte que maman lui ouvre toute grande ,
gras et transpirant les trois étages péniblement gravis ,
un lourd carton de provisions serré sur sa bedaine
dissimulant aux trois quarts sa bonne bouille rubiconde .
Soufflant à rendre l'âme ,
il laisse tomber son fardeau sur la toile cirée de la table
préalablement débarrassée de tout obstacle ,
avant de s'écrouler de tout son poids
sur la chaise que maman lui glisse prestement sous son énorme postérieur .
Dans un râle d'agonisant ,
il sort un large mouchoir à carreaux d'une poche de sa blouse grise
et entreprend de s'éponger à deux mains ,
incapable d'articuler autre chose qu'un chuintement de locomotive à vapeur en fin de course. .
Peu à peu , il reprend vie ,
son souffle un semblant de régularité ,
il replie soigneusement son carré d'étoffe douteux ,
promène à la ronde un regard bovin et dans un grand sourire bonhomme il parle enfin :
C'est toujours aussi haut chez vous ma p'tite dame !
Cà va ti comme vous voulez d'puis la dernière fois ???.
Monsieur Ferrieux c'est l'épicier de la rue de l'Union ,
il nous livre tous les samedis , à bord de sa fourgonnette Citroën , le ravitaillement de la semaine ,
suivant une liste que maman lui a préparée en détail au préalable.. .
Sans plus attendre , nous nous jetons tels des morts-de-faim sur la précieuse cargaison
sous l'œil débonnaire du gros homme et la molle sévérité des protestations maternelles .
Une à une nous sortons les victuailles multicolores
à la recherche d'improbables friandises peut-être ,
mais plus sûrement en quête de ce que nous attendons huit jours durant , les cadeaux-réclames ,
aujourd'hui on dirait les objets de promotion publicitaire ....
images d'Epinal désuètes du chocolat Poulain ou autre ,
illustrant les chansonnettes à la mode ,
ou soldats de l'armée Napoléonienne en grand uniforme ,
que nous collectionnons soigneusement ,
collées à leur place dans leurs albums respectifs à l'effigie des grandes marques généreuses ....
cahiers , protège-cahiers Amora ( la grande moutarde )
avec tables des multiplications et divisions au verso ,
gommes , buvards , crayons et taille-crayons au moment de la rentrée des classes ....
billes , figurines de plastique , petites voitures , visières ou autres toute l'année .
Trésors que l'on se dispute , que l'on se chipe , que l'on se cache ,
que l'on s'échange avec des mines de conspirateurs dans la cour de récré .
Fébrilement , nous déchirons les papiers argentés des tablettes de chocolat ,
ouvrons les boites de Guigoz ou de Banania ,
plongeons les mains dans la lessive en poudre , ivres de joie à chaque découverte ,
divines surprises ponctuées de rires de pleurs et de cris ....
fabuleux moments de bonheur
qui cinquante ans plus tard
me font souvenir avec tendresse de Monsieur Ferrieux ....
Rédigé à 10:37 dans Secret Garden... | Lien permanent | Commentaires (1)
« Qu'est-ce qui m'a foutu un pareil pot d'tabac....t'as l'air d'un lolosse !!! »
Papa a raison ,
cela va bientôt faire une semaine que je n'ai pas rendu visite au coiffeur .
Il surveille ma progression capillaire avec beaucoup plus d'attention que l'évolution de mon carnet de notes , une certaine forme de déformation professionnelle...il me plaque une main sur la tête , m'emprisonne les mèches entre les doigts , et me fait sentencieusement remarquer que si j'étais l'un de ses matelots , j'aurais droit à une semaine au trou , pas un cheveu ne doit dépasser des phalanges , le règlement c'est le règlement , il n'y a pas à discuter.... exécution !!!
Mr. Sanchez se retourne au tintement aigrelet de la clochette alors que je pousse la porte vitrée de son salon de la rue Hippolyte de Tocqueville .
« Ah c'est toi , assieds-toi , i'en ai pour oune minoute , i'é fini monsieur , et i'é m'occoupe dé toi ! «
Mr. Sanchez est un réfugié de la guerre d'Espagne , le visage bronzé sillonné de rides profondes , le cheveu noir lustré de brillantine , une fine moustache à la Errol Flynn , il adore me raconter ses souvenirs même si je ne comprend pas le quart de ce qu'il dit....je l'aime bien , notre rencontre hebdomadaire finit par tisser des liens , il parle sans arrêt , un mégot collé au coin des lèvres , une cigarette neuve coincée derrière l'oreille qui attend que la place se libère , d'une curieuse voix rauque que lui-même attribue à l'excés de tabac .
Comme d'habitoude ??...C'est çà , comme d'habitoude , une brosse ultra-courte , bien dégagé derrière les oreilles....je déteste çà , j'ai les oreilles décollées , quand je sors de chez lui on les voit encore plus , çà me fiche des complexes , maman m'affirme qu'il n'y a que moi qui le remarque , mais je suis sûr qu'elle ment ou alors elle est aveuglée par son amour maternel .
C'est vite fait , quelques coups de ciseaux , le cliquetis de la tondeuse glacée qui se promène sur ma nuque , le cylindre de gomina bien gras qu'il me frotte énergiquement du front vers l'arrière du crâne pour maintenir le poil bien dressé , la balayette qui me chatouille le cou pendant qu'il écarte d'un doigt le col de ma chemise , le miroir qu'il promène fièrement de bas en haut et de gauche à droite pour me faire admirer une œuvre que je n'ose pas regarder....il me débarrasse de la blouse à larges manches qu'il secoue consciencieusement sur les gens qui attendent , m'aide à descendre du fauteuil , me brosse partout une dernière fois , m'ouvre la porte...
« Tou dira bonïour à ton papa dé ma part ! »
Je rase les murs , je vois en coin mon reflet dans les vitrines , je me trouve ridicule , j'ai honte , il faut absolument que je demande à maman de m'acheter une casquette...
Rédigé à 10:51 dans Ailleurs..., Secret Garden... | Lien permanent | Commentaires (0)
Un reflet inattendu ,
une ombre improbable , un bruit inconnu et l'on doute de nos sens , le quotidien le devient beaucoup moins et l'on se met à percevoir les choses autrement , à deux doigts de basculer dans l'irrationnel on entre en relation avec un monde que l'on ne sait plus voir....un espace où l'on rejoint des peurs , des rêves , des enchantements...oubliés quelque part...sur le chemin de la raison..
Rédigé à 13:49 dans Secret Garden... | Lien permanent | Commentaires (2)
Que du plaisir…..
D’aussi loin que je me souvienne , j’aurai vécu mon existence comme un jeu…sans m’y ennuyer une seule seconde…elle n’est pas encore terminée…du moins pas tout à fait….mais l’actif en occupe une telle place que le devenir est sans importance….quoi qu’il advienne…je finirai gagnant…
La vie d’artiste….. ma vie d’artiste……
je n’en garde pas la vision .mélancoliquement désespérée d’un Ferré…
ni celle illuminée schizophrénique d’un Van Gogh….
je n’aurai jamais la renommée de l’un ou la gloire de l’autre mais c’est secondaire….mon but je l’aurai atteint….
vivre en paix et harmonie avec moi-même….
La création….l’accouchement….l’ART…..
ce n’est rien d’autre qu’une rencontre intime et profonde avec soi….
une tentative de se projeter au-dehors…de se confronter à ses limites….
un combat…une empoignade….une joute permanente entre l’esprit et la matière…je n’ai jamais ressenti cette confrontation comme quelque chose de tragique….ni même douloureux…dans un premier temps il se sera agi d’explorer…de reconnaître l’étendue de mes capacités…d’en repousser sans cesse les limites….jusqu’ à en oublier le « faire savoir »…..pour atteindre et ne conserver que le « savoir faire »….la seule véritable finalité…tout cela sans perdre le côté ludique de la chose…sans se prendre la tête…..avec l’enthousiasme d’une perpétuelle enfance…
Les « maudits »…..les « incompris »….rien pour moi….je ne pense pas que leurs problèmes ont à voir avec le moyen d’expression choisi pour les extérioriser…..ils seraient présents de toutes façons…..que certains en tirent un profit parfois très lucratif…ça me dépasse complètement…..il ne me serait jamais venu à l’idée d’exposer et encore moins de vendre une partie profondément intime de moi-même que j‘aurai réussi à matérialiser…même partiellement …une extrême impudeur dont je suis tout à fait incapable……il m’a toujours semblé que les œuvres très personnelles devaient le rester….miroirs de l'âme qui ne doivent servir qu’à se connaître ou se reconnaître….sans aucune intervention extérieure d’aucune sorte…aussi malvenue qu’indésirable…..on peut inviter du monde à partager son univers….il faut simplement prendre garde à en préserver la partie la plus privée…la plus secrète…dans ce domaine créatif précis je pense avoir atteint une espèce de nirvana….je peux me passer de tout support tangible..…je réalise mes œuvres dans un coin de mon esprit….je les fait vivre et transforme à l’infini pour mon seul usage et plaisir égoïste…..égoïstement personnel c’est vrai…comme un photographe qui se passerai de pellicule…devenue inutile…
Une petite citation de Victor Hugo pour terminer…..tellement juste…
« Les grands artistes ont du hasard dans leur talent
et du talent dans leur hasard. … »
Rédigé à 13:59 dans Secret Garden... | Lien permanent | Commentaires (2)
Fleur…...
une fleur….
toute en nuances de chair….
du rose le plus tendre au mauve le plus sombre…
une fleur humide..
secrète en son troublant mystère…
sous la douce suavité des pétales…
dans les replis mordorés des sépales…
jusqu’aux effluves musquées du calice et son nectar…
une fleur voluptueuse
qui n’attend qu’un souffle …
une caresse butineuse…
une montée de sève..
une ondée de chaleur….
pour s’ouvrir…
pour s’offrir…
s’épanouir jusqu’à l’indécence…….jusqu'à l'incandescence...
Rédigé à 12:22 dans Secret Garden... | Lien permanent | Commentaires (0)
Il vous arrive probablement parfois ,
à vous comme à moi ,de fouiller votre mémoire
à la recherche du premier souvenir cohérent
qui ait marqué votre esprit ,
la toute première image imprimée à jamais
dans un recoin de votre cerveau ,
exhumée de la nuit des temps .
Voici la mienne , rien avant...le néant ……..
J'attend au portail de l'école maternelle
située derrière l'église d'Equeurdreville.
C'est le soir , la classe est terminée ,
un à un mes camarades partent avec leurs parents
ou frères ou soeurs venus les chercher
sous le contrôle d'une institutrice
attentive à la bonne dispersion de sa nichée de bambins
braillards, rigolards ou pleurnichards.
J'ai quatre ans ,
le béret vissé jusqu'aux oreilles ,
maman dit toujours qu'il ne faut pas que je le tire ,
que ce n'est pas joli ,
elle me le pose soigneusement , élégamment incliné sur le côté...
sitôt qu'elle a le dos tourné , je le saisis à deux mains
et le ramène vigoureusement vers le bas au ras des yeux ,
aucun danger qu'il ne s'envole .
Le vélo s'immobilise ,
les freins font un bruit de trompette , il est immense .
Sans descendre , mon père se penche ,
me saisit sous les bras , je m'envole , il me pose devant lui
sur la petite selle vissée sur le cadre ,
je pose mes pieds sur les deux plaques de métal
de part et d'autre du sommet de la fourche ,
j'agrippe le guidon devant moi .
Un léger balancement de la machine et nous partons .
Le vent me fouette le visage comme nous prenons de la vitesse ,
je sens le souffle de mon père sur ma nuque ,
une énorme bouffée de bonheur et de fierté mélangés me gonfle la poitrine ,
je voudrais que l'on n'arrive jamais….
As_Time_Goes_By_-_Dooley_Wilson_-_Max_Steiner
Rédigé à 15:54 dans Secret Garden... | Lien permanent | Commentaires (8)
…Rue Grégoire de Tours , minuscule chambre d’un hôtel au mois…le lit qui prend toute la place…interminables parties de cartes sur ce même lit avec la foule des amis de passages…connus ou inconnus…la fenêtre aux rideaux de dentelle…..celle d’en face , si proche qu’en tendant la main je pourrai presque la toucher....les deux enfants collés à la vitre qui me regardent quelle que soit l’heure….le bruit , les cris , les rires , tout le temps ..sommeil impossible ,….le restau grec en dessous , ou l’on s’entasse autour de longues tables , où les assiettes frôlent la tête en passant , où l’on mange pour moins cher qu’au restau U voisin ….les nuits de délires…la police qui frappe à la porte à cinq heure du matin pour vérifier les identités….Café Conti....notre quartier général , à l’angle de la rue de Buci , le couple d’auvergnats bedonnants derrière le bar , qui nous considèrent comme leurs enfants turbulents , qui connaissent tous nos secrets , qui offrent le champagne pour fêter nos succés…Giacometti bourré...affalé sur le zinc , qui trinque avec nous…faune incroyable du quartier Latin des années 60 ..jours de folies..nuits de bonheurs…nous avions l’éternité…
…Rue de la Plaine à la Nation…studio en coin au dixième et dernier étage , grande baie vitrée et balcon tout autour …la vue sur les toits de Paris , les colonnes du Trône sur la gauche , le Mont-Valérien à l’horizon vert de Boulogne , le Sacré-Cœur à droite sur sa colline..je me sens le maître du monde…le ciel immense , partout…du bleu , du gris , les orages qu’on voit arriver de loin …les tempêtes sans obstacles qui secouent comme dans un phare , la pluie qui bat comme des embruns… la Patrouille de France le 14 juillet… son sillon de fumée tricolore comme un ruban déroulé de l’arc de triomphe jusque sur ma tête…les soirées sans fins à refaire le monde…la lumière mordorée au petit matin….le Gloria de Vivaldi à fond les enceintes pour saluer le nouveau jour……
Humeur du jour....
Stevie_Nicks_-_Landslide_-_[ournia.com]
Rédigé à 15:58 dans Secret Garden... | Lien permanent | Commentaires (0)
Dernier étage sous les toits
au dix de la rue Vivienne ,
…hiver 61 glacial
dans ma mansarde sans chauffage ,…la vitre constellée de merdes de pigeons
sur un coin de ciel gris et de cheminées noires au-dessus de l’évier de pierre …le broc et la cuvettes de faïence sous le miroir ovale ,
décor d’un autre temps , charme suranné de l’opéra de Puccini…
le froid que je fuyais dans l’ambiance enfumée du bistrot
à l’angle de la rue des Petits-champs
avec un café crème que je faisais durer
en regardant la façade noire de la Bibliothèque Nationale…..
Jardins du palais Royal …
le passage vers la galerie sous la fenêtre demi-lune
de la chambre de Colette …guetter son ombre…
imaginer son regard noir me poursuivre
alors que j’arpente à grands pas les dalles de grès usées
le long des vieilles boutiques de timbres , de vieux livres
ou de décorations et médailles militaires…..
les arbres dépouillés…le bassin gelé….
la cour d’honneur avant l’outrage de Buren….
longer les portes vitrées de la Comédie Française…
traverser le terre-plein devant l’hôtel du Louvre …
la rue de Rivoli …les guichets ..le flot des voitures ..le vacarme de Paris….…
je laisse à ma droite l’arc de triomphe du Carrousel…
longe la verdure et les arbres du square pas encore rasé pour une pyramide…
et je pénètre enfin dans la douce chaleur du Louvre ....
une carte m’en donne l’accès gratuit…
je vais m’y perdre pendant des heures en attendant la nuit
où réfugié dans mon pigeonnier je chercherai le sommeil
grelottant tout habillé sous ma mince couverture.....
Une chanson aux couleurs de mon humeur....
Rédigé à 12:49 dans Secret Garden... | Lien permanent | Commentaires (12)
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